≡ 

 Reportages >  Chemin de Compostelle >

An 7 (2016) : de Los Arcos à Burgos

Septième année de parcours ... notre Chemin sort de Navarre, traverse La Rioja et entre en Castille

Le parcours jour après jour, commenté par les pèlerins et illustré par les images de Denise et Fulvio :

2016 : Los Arcos→Burgos

Le parcours dans ses détails logistiques (par Fulvio) et géo-historiques (par Jacques)

Voyage (949 km) en car, départ vers 6h du matin, arrivée à Los Arcos en fin d’après-midi, célébration de la Messe d’envoi et installation dans les gites.

- Point de picnic au km 11, à l’"Ermita de la Virgen del Poyo"
- Point de ramassage facultatif par le car à la borne "km71" de la N1110, sur la gauche en allant vers Viana (environ 3 km avant Viana)
Nous passons aujourd’hui de la province de Navarre à la province de Rioja et ce parcours est particulièrement plaisant en côtoyant vigne et olivier.
Durant cette étape nous traversons 2 villages : Sansol (125 habitants) et Torres del Rio (150 habitants) près l’un de l’autre (1 km) sur chacune des rives du rio Linares.
Nous verrons à Sansol quelques demeures baroques comme l’église de San Zolo (XVIIe siècle) ainsi qu’un beau palais blasonné du XVIIIe siècle. En revanche, à Torres del Rio se trouve un monument exceptionnel : la chapelle romane du Santo Sepulcro du XIIe siècle avec la même forme octogonale que celle d’Eunate vue l’année dernière, avec ses beaux chapiteaux. Une autre église, San Andres (XVIe siècle) abrite un intéressant retable.
À 3 kms nous découvrirons l’Ermita de la Virgen del Poyo sur un belvédère à 558 m d’altitude. Puis, nous arriverons à Viana, ville étape de 4000 habitants, point final de la Navarre. Par son plan régulier, elle est semblable à une bastide française.

- Point de picnic au km 10, à Logroño, dans le parc qui longe la rivière, devant l’église de Santiago el Real
- Point de ramassage facultatif par le car au km 16, à l’entrée du "Parque de la Grajera" (6 km avant Navarete)
La Rioja est la plus petite des régions d’Espagne, à peine plus grande qu’un département français. Elle est célèbre par ses vins qui portent son nom, connus dans le monde entier. Le climat est proche de celui du Bordelais. L’appellation s’étend le long de l’Ebro sur les coteaux de la vallée : 60.000 ha de vignobles, 280 millions de litres de vin par an dont 70 % avec le cépage tempranillo. Il y a 4 catégories de vin : Jovenes, Crianza, Reserva et Gran Reserva. Les millésimes 2001 et 2004 sont très bons et excellents.
L’Ebro : 3ème fleuve d’Espagne après le Douro et le Tage et le second plus long : 910 km. Il se jette dans la Méditerranée à proximité de Tortosa. Il a plus de 50 affluents.
Peu de choses à découvrir avant Logroño si ce n’est l’Ermita de la Virgen de las Cuevas et le lac barrage Pantaco de Salobre.
Logroño, capitale de la Rioja, est une ville riche par "l’or rouge", les vins de toute la région ! Elle est importante (153.000 habitants). On y constate un développement urbain galopant : buildings, artères modernes, banques, assurances … On entre dans la ville par un pont de pierre (1884) emprunté par tous les pèlerins.
Plusieurs églises importantes :
— La cathédrale : Santa Maria la Redonda, avec un curieux portail concave du 15e s et deux tours jumelles baroques (XVIIe et XVIIIe siècles) ;
— L’église Santiago el Real qui comporte une énorme niche sur la façade avec un St.Jacques "matamoro" armé d’un sabre recourbé, à cheval ayant vaincu les Sarrasins et, à l’intérieur de l’église, sur le retable un deuxième St.Jacques en pèlerin pacifique et simple. Pourquoi ces deux St.Jacques ? Tout près de Logroño il y a le village de Clavijo. En 844, le village a subi une bataille importante entre les chrétiens de Ramiro 1er et les maures du calife de Cordoue Abd-al-Rahman dans la plaine de l’Ebro. C’est là que St.Jacques est apparu à cheval et armé en plein ciel donnant la victoire aux chrétiens. C’était le signe de la "Reconquista", croisade nationale qui chassa les maures.
Peu après Logroño, nous atteindrons le parc et le barrage de la Grajera. Après le petit col de la Grajera (560 m) on verra l’"antico hospital de péregrinos St Jean d’Acre" avant d’arriver à Navarrete, notre ville étape.

- Point de picnic à Ventosa (km5) autour ou dans l’église San Saturnin
Navarrete (2.750 habitants) est une ville de potiers (artisans et ateliers) et de vignerons. Ses maisons blasonnées s’étalent sur la pente sud d’une colline, le Tedeon. On y trouve l’Iglesia de la Asuncion (XVIe siècle) avec ses 3 nefs. Elle abrite un des plus beaux retables baroques de la Rioja. A la sortie de la ville un monument émouvant : le portail roman du cimetière qui provient de l’ancien hôpital St Jean d’Acre.
Après Ventosa, une variante du chemin grimpe à l’Alto de San Anton où on peut contempler la vallée de Najera. Dans la descente, on passera au "Poyo de Roldan". La légende veut que de cette colline Roland ait lancé un énorme rocher sur le géant Ferragut assis devant la porte de son château de Najera. Il l’atteignit au front, libérant ainsi les prisonniers.
Et nous arriverons à Najera, ville étape.

- Point de picnic à l’église de Azofra (km 6)
- Point de ramassage par le car au km 16, à la sortie de Ciruena, à l’embranchement du chemin avec la LR204
Najera, nichée au pied d’une colline est traversée par la rivière Najerilla. C’est une des plus anciennes villes de la Rioja. Elle est intéressante par son monastère Santa Maria la Real, fondé en 1052, qui comporte un beau cloître des Chevaliers, mélange d’art gothique et Renaissance. Le Panthéon contient une trentaine de sépultures (ensemble prodigieux avec gisants dont la reine Blanche de Navarre, petite-fille du Cid).
Dans cette étape, les vignobles de la Rioja laissent place aux champs de céréales de la Rioja Alta car on s’approche de la Castille. Le chemin est paisible, bien que sur les rochers rouges d’un petit col on voit en se retournant une figure menaçante accompagnée du graffiti "Peregrino cuidado" (pèlerin prends garde) …
On traverse Azofra (260 habitants) avec son église Nuestra Señora de los Angeles (XVIIe siècle) avec un St Jacques dans le retable ainsi curieusement qu’une statue de St Martin de Tours !
Un kilomètre après Azofra, une colonne se dresse parmi les vignes, borne ancienne du XVIe siècle. Puis, le chemin nous conduira à Cirueña, village de 130 habitants. Nous pourrons voir l’église de San Andres, construction moderne de 1965 et ensuite, dans la "mesa" (la plaine), on arrivera à Santo Domingo de la Calzada, ville étape.

- Point de picnic au km 11, autour de l’église de Redecilla del Camino
- Point de ramassage par le car au km 18, à Villamayor del Rio, parking sur le coté droit de la N120
La ville (6.000 habitants) porte le nom de l’ermite qui la fonda : St Dominique de la Chaussée. Il s’était retiré dans un bois sur les rives de l’Oja. Les pèlerins peinaient pour traverser la rivière. Il décida alors d’aménager une partie du chemin (d’où son nom de "la Calzada") et de construire un pont en 1044. La confrérie de St Dominique poursuit encore son œuvre d’assistance aux pèlerins.
L’église Nuestra Señora de la Anunciacion qui renferme sa dépouille, devint une cathédrale en 1232. Il faut voir le retable hispano-flamand Renaissance en bois polychrome qui mêle à la fois les thèmes emblématiques de l’art chrétien avec de nombreux sujets mythologiques (tritons, centaures…). On y trouve également une magnifique sculpture du roi David jouant de la viole. La cathédrale conserve son abside romane avec des chapiteaux historiés. Pour l’essentiel, elle est gothique avec un maître-autel Renaissance. On peut voir également la tour baroque isolée, haute de 69 m et datant de 1762.
Mais la grande célébrité de la cathédrale vient surtout du coq et de la poule blancs que l’on y voit vivants (changés 2 fois par mois) … Ils commémorent le miracle qui a eu lieu à Santo Domingo.
Face à la cathédrale, l’hôpital édifié par le saint est devenu un parador (chambres entre 160 et 175 € !). On est impressionné par les prix bien sûr, mais surtout par le vestibule avec ses arcs gothiques. On voit également de nombreuses maisons seigneuriales.
Au cours de cette étape nous allons largement profiter de la N 120. Nous l’éviterons cependant jusqu’à Grañon, dernier village de la Rioja. En approchant de Grañon (310 habitants) nous apercevrons dans une chênaie la chapelle de Nuestra Señora de Carrasquedo. Elle date du XVIIe siècle et possède la plus belle collection d’ex voto de toute la Rioja. Grañon conserve une belle église du XVIe siècle, l’Iglesia San Juan Bautista avec un splendide retable roman consacré à St Jean comportant des sculptures de toute beauté.
Nous quittons la Rioja et entrons en Castille. Le premier village sera Redecilla del Camino (130 habitants). L’église de Santa Maria possède un des plus beaux exemplaires de fonts baptismaux d’origine romane (XIIe siècle) et une Vierge sur son portail regarde passer les pèlerins. Ensuite nous atteindrons Viloria, village natal de Santo Domingo (50 habitants). Il est très modeste. Ses maisons sont à pans de bois avec remplissage de torchis. Aucun arbre à l’horizon, pourtant le pays était boisé de chênes, mais les cultures intensives et la mutation climatique ont pris le dessus.
Nos pas nous conduiront ensuite à Villamayor del Rio (50 habitants) qualifiée par un dicton de "Cité des 3 mensonges" ! Son nom signifie "ville principale sur le fleuve" alors que c’est "un village minuscule sur un ruisseau" ! Et nous arriverons à notre ville étape Belorado, petite ville de 2.200 habitants avec 2 églises : 1) Santa Maria la Mayor qui possède un retable Renaissance du XVIe siècle et deux St Jacques, matamoro et pèlerin. 2) San Pedro (XVIIe siècle) qui se distingue par son clocher. Nous verrons également l’Ermita de Santa Maria de Belen avec un clocher-mur à 3 pointes.

- Départ en car, dépose des pèlerins au km 8 à Espinosa del Camino pour le départ de la marche
- Point de picnic au km 16, au col de Valbuena
Cette étape comprend l’ascension des Montes de Oca à travers des paysages forestiers. Espinosa del Camino (50 hbts) qui possède un intéressant retable baroque dans son église de l’Asuncion. Avant de monter vers l’Alto de Valbuena (1162 m), nous passerons dans le dernier village un peu plus important, Villafranca Montes de Oca (200 habitants). De style néo-classique (1800), l’église dédiée à St Jacques possède un bénitier particulier : une énorme coquille ramenée des Philippines. A l’extérieur se trouve l’ermitage de la Virgen de Oca avec deux statues de St Jacques.
Après Villafranca, nous monterons dans la forêt de sapins vers le col de Puerto de la Pedrara (1163 m) enneigé l’hiver et où le vent souffle fort. Il domine la vallée de Roblesgordos (les gros chênes) qui autrefois était infestée de bandits ainsi que le rappelle ce dicton toujours d’actualité "Si quieres robar vete à los montes de Oca" (Si tu veux te faire voleur va-t’en à Oca). C’est la dernière forêt que nous traverserons avant les terres de Bierzo à 300 km ! Mais nous serons récompensés après le col par la magnifique vue qui se présente : celle du monastère de San Juan de Ortega dans un cadre naturel de toute beauté.
Et nous arriverons à San Juan de la Ortega, fin de notre étape. C’est un tout petit village de 25 habitants possédant un intéressant patrimoine religieux avec le monastère de San Juan et sa chapelle St Nicolas de style roman, agrandie par Isabelle la Catholique. Celle-ci est classée "Bien d’intérêt culturel". Elle comporte une seule travée de 3 nefs et 3 absides. On peut y admirer son célèbre chapiteau de la Nativité, illuminé par le soleil uniquement les jours d’équinoxe, curieux phénomène appelé "El milagro de la luz" (le miracle de la lumière). Le monastère abrite également un petit cloître de marbre rose adossé à l’église, une merveille de simplicité et d’harmonie. L’origine de l’hospice pour les pèlerins remonte au XVe siècle. La messe du soir est célébrée à 18 h avec bénédiction des pèlerins. Puis, pour terminer la soirée, distribution de la soupe à l’ail du Père José Maria rappelé auprès de St Jacques en février 2008… si le refuge maintient toujours ce service de partage fraternel !

- Point de picnic au km 7, autour de l’église de Atapuerca
- Point de ramassage par le car au km 15, à Cardeñuela Riopico.
Cette dernière étape ne présente aucune difficulté particulière car nous pénétrons tranquillement dans la meseta castillane, avant-goût de ce que nous découvrirons l’an prochain.
Une croix de bois nous indique la route qui traverse une pinède sauvage et qui mène à Ages. De là nous descendrons à Atapuerca, village de 150 habitants célèbre pour ses sites archéologiques. Son église, San Martin, du XVe siècle est surtout connue pour son site préhistorique (véritable trésor classé Patrimoine Mondial de l’UNESCO) sera malheureusement fermée lors de notre passage.
Après Atapuerca, au sommet de la piste caillouteuse (col de Matagrande), on pourra contempler (à quinze kilomètres de là) la cathédrale de Burgos. La descente nous conduira à Villaval, puis à Cardenuela Riopica, village d’environ 150 habitants pour reprendre notre autocar qui nous mènera à Burgos, nous évitant ainsi les dix derniers kilomètres bruyants le long d’une grande nationale à travers une zone commerciale périurbaine.
Burgos est une grande ville de 180.000 habitants. Elle est séparée en deux par le fleuve Arlanzon. Sa rive droite présente le centre-ville avec son vieux quartier niché autour de la cathédrale. Cette cathédrale est une magnifique création de l’art gothique en Espagne. C’est sans doute la plus belle d’Espagne et la troisième par ses dimensions après celle de Séville et Tolède. Elle est fine, élancée, bien équilibrée, en forme de paquebot couronnée de dentelle de pierre. Elle est dédiée à Ste Marie Majeure. C’est le monument le plus représentatif de la ville déclaré Patrimoine de l’Humanité par l’UNESCO. On ne sait où tourner la tête devant cette floraison de pierres au milieu de places publiques monumentales, même à l’intérieur, dans un labyrinthe, parmi deux nefs, un déambulatoire, un cloître, deux sacristies, une salle capitulaire, dix-sept chapelles, le tout débordant de richesses. Elle possède de magnifiques portes (du Sacramental, de la Coroneria, des Apôtres, du Santo Cristo). Sous la délicate lanterne étoilée du transept reposent Rodrigo Diaz de Vivar, le Cid et son épouse, doña Jimena (Chimène) qui ont inspiré Corneille dans sa célèbre tragédie en vers : "Le Cid".
Burgos est trop riche en monuments pour les citer tous dans ce document. Nous ne pourrons en faire qu’une découverte sommaire durant notre trop court séjour dans cette ville…

Version imprimable de cet article Version imprimable


SPIP | | Plan du site | Réalisation : FAT78 (F. Filippini)