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An 8 (2017) : de Burgos à Reliegos

Huitième année de parcours ... notre Chemin entre dans la "meseta", plateau à environ 800m de hauteur entre Burgos et Léon

Le parcours jour après jour, commenté par les pèlerins et illustré par les images de Denise et Fulvio :

2017 : Burgos → Reliegos

Le parcours dans ses détails logistiques (par Fulvio) et géo-historiques (par Jacques)

Dimanche 22 octobre : Marly - Tardajos (1034 km)

Voyage en car, départ vers 5h du matin, arrivée à Tardajos vers 19h, installation et diner dans l’auberge "Casa Beli".

— Départ : Burgos, place de la Cathédrale
— km6, lectio : entrée de Villalbilla de Burgos
— km10, picnic : église Asuncion à Tardajos
— Pas de ramassage par le car
— km20, arrivée : hébergements à Hornillos del Camino

- En quittant Burgos par la porte St Martin, après avoir admiré l’arc de Santa Maria, nous traverserons puis longerons le fleuve Arlanzon. Après le pont suivant, nous continuerons tout droit, et à notre gauche, nous découvrirons l’Hospital del Rey près du monastère des Huelgas Reales qui vaut le coup d’œil. Il date du XIIIème siècle. Les pèlerins pauvres y étaient soignés et même habillés. Il reste dans la cour les grands piliers romains du premier hôpital. Il a été reconstruit et a maintenant un style Renaissance. Il abrite la faculté de droit. A côté, face au parc de Parral, la chapelle de San Amaro est dédiée au saint français Amer qui, au retour de Compostelle se fixa ici et aida jusqu’à sa mort les pèlerins pauvres et malades qu’il allait chercher très loin sur les routes. Nous remarquerons sur le mur de la chapelle une niche avec une statuette de St Jacques. Ensuite, nous serons surpris de retrouver une petite forêt calme et un chemin tranquille, mais attention, le programme de la journée donne un bref aperçu de ce qui nous attend jusqu’aux monts de Leon : la traversée de la Meseta pendant 200 km.

C’est un haut plateau sans bornes, argileux et calcaire qui s’élève de 800 à 930 mètres d’altitude, glacial et balayé par les vents d’Ouest en hiver ; torride et incendié par le soleil, sans beaucoup d’ombre en été. Mais avec un bon chapeau et une deuxième gourde d’eau le cheminement (loin d’être un calvaire) à travers ces grands espaces, sous un ciel immense, devient un exercice où l’esprit vagabonde, médite : traversée idéale pour le silence, la prière et la méditation. Le marcheur ne risque pas de se perdre tant le balisage est évident. C’est dans cette portion que le chemin vers Compostelle se distingue d’une simple randonnée. Les paysages traversés ne sont ni pittoresques, ni variés mais ils recèlent une beauté épurée.

Le Chemin nous fera contourner le bourg de Villalbilla de Burgos, 1150 hbts, avec une église dédiée à l’Asuncion du XIVème siècle et nous passerons sous le pont de l’A231 pour aboutir sur la N120 (de l’année dernière, vous vous rappelez ?). Nous la suivrons par une piste aménagée jusqu’à Tardajos : village d’environ 850 hbts qui se divise en 2 quartiers : le barrio del Rey autour du chemin de Saint Jacques à l’Est et le barrio Santa Maria où se trouvent l’église et le château, tous deux d’époque médiévale et où est l’actuelle église gothique Santa Maria de la Asuncion du XIVème siècle avec une façade datant de 1774. Nous pourrons également voir un élégant calvaire du XVIIIème siècle. Au Moyen-Age, un hôpital y accueillait les pèlerins. Le fleuve Arlanzon que nous venons de suivre puis de traverser avait des crues redoutables qui provoquaient de nombreuses noyades. Sainte Thérèse d’Avila elle-même venant fonder le carmel de Burgos tomba aussi dans l’Arlanzon avec son carrosse d’où sans doute ce dicton de pèlerins : "De Rabé à Tardajos – No te faltaran trabajos – De Tardajos à Rabé – Libera nos Domine" (Grandes peines tu auras de Rabé à Tardajos – mais de Tardajos à Rabé, délivre-nous Seigneur). N’ayez crainte, il y a peu d’inondations entre les deux villages de nos jours. Le Chemin atteint ensuite le village de Rabe de las Calzadas qui existait dès 949. Il y eut un château de 1458 à 1675. Subsistent une ermita à l’entrée et une crucifixion romane dans l’église. C’est à partir de ce village que commence la longue traversée des étendues désertiques qui caractérisent la Meseta. C’est ainsi que nous aurons un premier aperçu pendant 8 km pour arriver à Hornillos del Camino (le petit four) par un sentier rectiligne en descente. C’est un village d’une soixantaine d’hbts, d’aspect médiéval, bon exemple de "pueblo-camino", ces villages organisés autour d’une longue rue principale. Il conserve une église de style gothique tardif dédiée à San Romàn avec un retable baroque. Du XII au XIVème siècle, le village compta plusieurs hôpitaux confiés aux bénédictins de St Denis de Paris, puis affiliés à Rocamadour. Il ne reste que celui du St Esprit. Comme à Santo Domingo une volaille est encore au centre d’une légende. On raconte que les soldats napoléoniens qui guerroyaient dans la région avaient volé durant leur passage à Hornillos toutes les poules du village en les cachant sous leur large manteau. Les habitants eurent la preuve du forfait des soldats et obtinrent qu’une partie des poules leur fût rendue. Ayant à nouveau de quoi se nourrir, les habitants firent du coq le symbole de leur village comme l’atteste le monument en face du gîte. Le long de l’unique rue, nous trouverons :
- au début, un moulin à blé sur le rio Hormazuela et des ponts anciens ;
- sur la première maison à droite, ancien presbytère après avoir été Hospital de Sancti Spiriti, une croix de St Jacques avec un calice et 2 clés.
- au milieu du village, l’église gothique San Romàn.

— Départ : église San Roman à Hornillos
— km5, lectio : Albergue San Bol
— km11, picnic : église Concepcion à Hontanas
— km17, ramassage : Convento de San Anton
— km21, arrivée : hébergements à Castrojeriz

Jusqu’au village d’Hontanas les paysages et le tracé du Chemin ne sont guère différents de ceux rencontrés la veille. Les plateaux arides aux horizons sans limites alternent avec des vallons cultivés où coule parfois un ruisseau. Nous allons sur une première petite meseta faire connaissance avec l’âpre paysage de la Castille. On dit de l’ensemble de la meseta qu’elle est le désert de l’Espagne, mais pas parce qu’on n’y produit rien, bien au contraire, c’est le grenier de l’Espagne, mais parce que ces étendues de céréales dorées ont, au temps de la moisson la couleur sable des déserts d’Afrique.

Nous traverserons les villages presque inhabités de La Nuez et de San Bol qui furent deux typiques enclaves jacquaires appartenant aux hospitaliers de St Jean d’Acre et à l’ordre de St Antoine. Vous remarquerez les petits tas de pierres (cairns) qui jalonnent le chemin. C’est dans ces parages que le prêtre bolognais Laffi, cheminant en 1673 dans une épaisse pluie de criquets, assure avoir trouvé un pèlerin mourant, quasiment dévoré par ces insectes. Il arriva à temps pour le confesser et l’inhumer sommairement. Le vert vallon transversal du ruisseau de San Bol, avec sa source potable, apparaît comme une oasis pour le pèlerin car près de la source et d’une peupleraie se trouve un petit refuge. C’est une renaissance. Jusque-là il ne restait que des ruines de bergeries, mais le nom témoigne de l’existence jusqu’au XIVème siècle du monastère de St Bol. En 1352 les antonins de Castrojeriz y tenaient une léproserie.

4 km plus loin, nous entrons dans Hontanas qui fait honneur à son nom par les nombreuses fontaines qui peuvent assouvir la soif du marcheur. Ce village conserve une église dédiée à la Immaculada Concepcion du XIIème siècle, d’origine gothique et rénovée dans un style néo-classique. De Hontanas à Castrojeriz nous suivons la vallée du Garganzuelo (tout petit pois chiche). 1 km après Hontanas on passe au-dessus du Molino del Cubo (moulin du seau) désaffecté ; 1 km encore et voici le lieu où se trouvait au XIème siècle Valdemoro (le val des Maures). Il ne reste plus qu’un contrefort de l’église San Vicente. Un étrange obélisque se dresse au bord du Chemin, mais le véritable vestige jacobite est plus loin.

Il s’agit du Convento de San Anton (couvent St Antoine) où le Chemin passait sous le porche et où les moines distribuaient des repas aux pèlerins. Il fut confié en 1145 aux Antonins. Leur ordre avait été fondé en Dauphiné pour soigner le "feu de St Antoine" (érysipèle) maladie importante au Xème siècle. Certains pèlerins venaient ici chercher la guérison soignés par les moines. Ils devaient ensuite porter le tau, croix de St Antoine en forme de T sur l’habit. On retrouve ce signe sur certaines fenêtres et sur la rosace de l’église. C’est encore de nos jours le signe des Franciscains. Le couvent est en ruines mais une arche impressionnante avec sculptures martelées enjambe toujours la route. La façade à rosace et le campanile, l’abside et un pan de mur restent debout.

Plus que 2 km pour arriver à la fin de l’étape. On aperçoit déjà sur la colline qui domine la région les ruines du château de Castrojeriz dans lequel Pedro I assassina sa tante Leonor de Castille. On entre dans la ville par une longue allée d’arbres. Cette ville est très ancienne (Castrum Sigerici), fondée en 760. Elle connut un nouvel essor avec le Chemin. A son apogée au XIVème siècle, elle comptait 4 hôpitaux et 4 églises. Il y a actuellement 900 hbts. Elle conserve un riche patrimoine religieux constitué de 3 belles églises :
— d’abord l’ancienne collégiale Santa Maria del Manzano (Ste Marie du Pommier). On ne connaît pas l’origine de ce nom mais vous pouvez constater que les pommiers ne sont pas nombreux sur les terres de la Meseta ! La construction remonte au XIIIème siècle, de tradition romano-gothique. Elle possède une Vierge de pierre polychrome du XIIème siècle, un tableau de St Jacques pèlerin et une sépulture de la reine Léonor.
— au centre de la ville, l’église paroissiale Santo Domingo du XVIème siècle avec une nef de style gothique et une élégante façade plateresque flanquée de têtes de morts. Elle partage avec le musée voisin les trésors des autres temples (tapisseries d’après Rubens).
— près du dernier carrefour, on découvre la vaste église San Juan avec son cloître du XIVème siècle ; orné d’un plafond à caissons mudéjar. Ce fut l’église d’un des 4 hôpitaux.

— Départ : église Santo Domingo à Castrojeriz
— km7, lectio : San Nicolas de Puente Fitero
— km10, picnic : église San Juan à Itero de la Vega
— km19, ramassage : Calle Major à Boadilla del Camino
— km26, arrivée : hébergements à Fromista

Voici une étape superbe, riche en joyaux romans au cœur de la Meseta et à l’écart du goudron. Après avoir traversé le rio Odrilla sur un pont de bois, nous attaquons une rude montée pour accéder à l’Alto de Mostelares et au plateau à environ 900 m d’altitude. A droite se trouve une stèle ainsi que les cairns et les croix déposés par les pèlerins qui jalonnent la piste. Puis une longue descente à travers champs nous achemine vers la Fuente del Piojo (fontaine du pou), aire de repos.

Ensuite nous passerons par la route à Itero del Castillo, petit village d’une centaine d’habitants que nous laisserons à droite pour arriver à l’ermita de San Nicolas, hôpital fondé en 1171 et restauré par une équipe italienne des Amis de St Jacques. L’édifice roman accueille à nouveau les pèlerins. A quelques pas de là, un pont médiéval (Puente Fitero) enjambe le rio Pisuerga sinueux et boisé qui constitue la frontière entre les provinces de Burgos et de Palencia. C’est un pont roman important de 11 arches construit au XIIème siècle. Il a été reconstruit au XVIème siècle.

Puis nous arrivons à Itero de la Vega. A l’entrée de ce village de 170 hbts vous pourrez observer l’ermitage de la Virgen de la Piedad qui date du XIIIème siècle. Il présente un épais clocher-mur et un portail en ogive avec, à l’entrée, une statue de St Jacques pèlerin. Dans le village nous verrons également l’église San Pedro du XVIème siècle qui conserve un portail du XIIIème siècle.

Après le village, nous nous retrouvons sur une piste agricole parmi les champs de blé que nous suivons pendant 2 km jusqu’au canal del Pisuerga. C’est dans toute cette région que nous remarquerons de beaux pigeonniers. Après avoir traversé le canal, la piste continue tout droit vers Boadilla del Camino (125 hbts). A l’arrivée, le balisage nous invite à contourner le village par la droite. Pour une fois nous ne le suivons pas et continuons en face pour le traverser car il conserve l’une des plus belles colonnes de Castille, dressée sur la place près de l’église. C’est le "Rollo gotico" (un pilori du XVème siècle) dans un style gothique, qui présente de riches motifs taillés dans la pierre. Il est orné de coquilles St Jacques et surmonté d’un lanterneau. Juste à côté, l’église Nuestra Señora de la Asuncion, construite au XVème siècle, garde des fonts baptismaux romans et un retable Renaissance. Il faut songer à retrouver le Chemin "officiel" en passant devant la mairie (ayutamiento) et le bar Dori.

Nous ne tardons pas à trouver le canal de Castille. Ce long ouvrage va des barrages cantabriques au nord, au confluent du Duero près de Valladolid au sud. Construit de 1753 à 1849, il permet à la fois d’irriguer les terres et de donner une force motrice aux fabriques et aux moulins. Il a transformé le paysage et l’économie de la région. Et notre itinéraire suit le chemin de halage, tranquille et havre de fraîcheur qui nous conduit ainsi jusqu’à l’entrée de Fromista. Nous franchissons le canal par une passerelle au-dessus d’un groupe spectaculaire d’écluses ovales formant une série de cascades. Mais la journée n’est pas terminée car la ville (850 hbts) recèle des richesses architecturales. A l’époque romaine, la ville s’appelait Frumentum (froment) en signe de la fertilité de la région. Reconstruite au Xème siècle, elle est devenue Fromista del Camino. Nous pouvons voir sur les hauteurs l’ermitage de la Virgen del Otero (ND du Tertre) aux vestiges gothiques. Elle abrite une Vierge assise polychrome du XIIIème siècle, sainte patronne locale très vénérée.

En entrant dans la ville, nous pouvons chanter car la rue porte le nom de "calle de los Franceses" (rue des Français). La richesse architecturale de Fromista est dans la vieille ville en forme de bastide groupée autour de son harmonieuse et belle église San Martin. C’est une merveille de l’art roman, unique vestige d’une ancienne abbaye bénédictine avec des proportions parfaites, son profil élégant et l’ornemental, plus de 300 modillons et chapiteaux richement sculptés. L’édifice est doté d’une tour lanterne polygonale et de 2 tours circulaires de chaque côté du portail. Il comporte 3 nefs et 3 absides. Nous verrons également l’église Santa Maria del Castillo occupant l’emplacement du château primitif qui possède un retable en 29 tableaux ainsi que l’église San Pedro du XVème siècle avec une façade Renaissance.

— Départ : église San Martin à Fromista
— km4, lectio : Ermita romanico à Poblacion de Campos
— km10, picnic : église San Martin à Villarmentero de Campos
— km16, ramassage : entrée de Villalcazar de Sirga
— km20, arrivée : hébergements à Carrion de los Condes

A partir de Fromista, nous marchons dans la Tierra de Campos. Vous remarquerez que les villages qui se succèdent le long du Chemin et bien d’autres localités sont "… de Campos". La Tierra de Campos est à cheval sur les provinces de Valladolid et de Palencia. Avec ses champs de blé et ses vastes étendues dénuées d’arbres, elle évoque les paysages du Midwest américain en faisant abstraction des villages traversés et de leur admirable patrimoine religieux. Le tracé officiel suit l’itinéraire historique recouvert par le bitume de la route P980. Mais pour les pèlerins, une piste sécurisée, "l’andadero" a été aménagée le long de la route qui est très passante jusqu’à Carrion. Le Chemin suivra également une partie de la vallée du rio Ucieza.

A 3 km à l’entrée de Poblacion de Campos (140 hbts) nous découvrirons l’ermitage de San Miguel, construction simple et harmonieuse qui daterait du XIIIème siècle, nichée dans une peupleraie avec une façade – campanile, voussure en arc brisé et une porte en plein cintre. Près du pont qui traverse le rio Ucieza se dresse l’ermita de Nuestra Señora del Socorro de style roman, construit au XIIème siècle. Enfin, dans la partie haute du village, nous pouvons admirer l’église de Santa Maria Magdalena XVIème siècle, baroque avec sa tour carrée qui domine le paysage sur son promontoire. Elle possède un bénitier du XIVème siècle et plusieurs retables du XVIIIème siècle.

En continuant à suivre l’andadero, nous arriverons au bout d’une heure à Revenga de Campos, village de 160 hbts, où séjourna Charles Quint. Son église paroissiale est dédiée à San Lorenzo. Construite au XIème siècle et rénovée au XVIème siècle, abrite plusieurs retables baroques. 2 km plus loin, l’andadero nous amènera à Villarmentero de Campos, petit village de seulement 10 hbts, dont l’ancien hospice pour pèlerins a été transformé en hôtel de charme avec restaurant (La Casona de Dona Petra). Il possède tout de même son église San Martin de Tours avec un plafond à caissons de style mudéjar et un intéressant retable plateresque.

Nous filons sur notre Chemin pour aller 4 km plus loin à Villalcazar de Sirga, nom qui fait référence au transport de marchandises par le canal de Castille. Ce village de 175 hbts mérite une halte. En effet, nous serons surpris face à la monumentale église de Santa Maria la Blanca. L’ordre des Templiers fit construire cette église importante dans un style de transition entre le roman et le gothique aux XIIème et XIVème siècles. C’est ici que se trouve la statue de la Vierge Blanche. Nous remarquerons sa somptueuse façade Sud. A l’intérieur, nous pourrons admirer le magnifique retable hispano-flamand qui orne le maître autel et, dans la chapelle de Santiago où l’on vénère Santa Maria la Blanca, les sépulcres en pierre polychrome de l’infant Don Felipe et de son épouse ainsi qu’une belle double frise, l’une représentant un Christ en majesté, l’autre dédiée à la Vierge Blanche assise avec l’Enfant Jésus. Parmi les nombreuses légendes mariales relatées, il est dit qu’une pèlerine aveugle entrée dans cette église recouvrit la vue tandis qu’une autre, paralytique, se mit à marcher.

Nous terminerons l’étape dans 5 km à Carrion de los Condes. C’est une halte importante sur le Chemin. Ville ibère et romaine, cour de rois médiévaux, siège de conciles, avec 2.200 hbts. De nos jours les pèlerins sont reçus au couvent de Santa Clara, XIIIème siècle, où vivent toujours des clarisses cloîtrées. Elles ouvrent aux visiteurs un musée concernant des statues et des documents anciens, un refuge pour 30 pèlerins et une hospederia avec des chambres (draps de lin brodés) avec salle de bain privée. Les sœurs vendent aussi de la confiserie maison… Le refuge "gracieux" est attenant à l’église. L’église Santa Maria de la Victoria o del Camino, XIIème siècle, possède un portail orné d’un décor roman richement sculpté représentant la légende des 100 vierges. Sur une frise on peut voir les mages devant Hérode et adorant l’enfant dans les bras de la Vierge. Sur l’archivolte on peut admirer 37 sculptures représentant les vieillards de l’Apocalypse. A l’intérieur se trouve une Vierge à l’Enfant assise, romane, en bois, du XIIème siècle ; un Christ du XIVème siècle et une Vierge gothique du XVème siècle qui a un peu le sourire énigmatique d’une Mona Lisa suivant des yeux les bons pèlerins …

Dans le centre-ville, les pèlerins pourront admirer la façade Ouest de l’église Santiago. Cette église a été détruite en 1809 pendant la francesada, mais sa façade de 1160 subsiste. Au-dessus du portail, une frise représente un Christ Pantocrator entouré des symboles des 4 évangélistes et apôtres.

— Départ : église Nuestra Senora de Belen à Carrion de los Condes
— km5, lectio : Monastère Benevivere
— km10, picnic : croisement routes 2419-2411
— km18, ramassage : N120 à l’embranchement vers Calzadilla de la Cueza
— km27, arrivée : hébergements à Terradillos de los Templarios

En quittant la ville, au Nord, dominant le rio Carrion, comme sur le môle d’un port, nous verrons le sanctuaire de Nuestra Senora de Belen (N-D de Bethléem), patronne de la ville. L’église est gothique avec un retable plateresque. Sur cette autre rive, voici à gauche une voie romaine qui mène au monastère de San Zoilo. Son origine remonte au Xème siècle. C’était un ancien refuge de pèlerins. D’abord consacré à St Jean Baptiste, le monastère fut dédié en 1047 à St Zoilo, l’un des 20 martyrs chrétiens de Cordoue qui moururent au IVème siècle, victimes de la grande persécution de Dioclétien. Le monastère fut restauré en partie au XVIème siècle, ce qui explique que le style Renaissance de la façade côtoie les parties romanes de l’intérieur dont le portail Ouest, sculpture de grande qualité, bien conservée. Il possède également un cloître remarquable, considéré comme l’un des plus beaux d’Espagne avec un premier étage de structure gothique et un deuxième de structure Renaissance, ainsi que des sculptures d’une technique parfaite. Le monastère fut transformé en hôtel en 1992.

Entrés hier à Carrion dans un paysage de secano (champs jaunes de cultures sèches), nous repartons aujourd’hui dans un paysage de vega (vertes terres irriguées). Mais il faut parcourir 16 km avant de rencontrer le premier village. N’oublions pas de remplir la gourde (ou même 2) et de mettre le chapeau (même ridicule). C’est une ligne droite au milieu d’une plaine où rien ne domine sinon les silhouettes trapues de quelques chênes esseulés. Pas de village, ni de hameau, un ou deux hangars agricoles ici ou là. C’est le moment ou jamais de se mettre à l’écoute pour apprécier le silence, si précieux par les temps qui courent et d’ouvrir les yeux pour savourer l’immensité.

A 5 km environ, nous arriverons au lieu de la bonne vie dit Benivivere (comprendre : vivre selon le bien) qui doit son nom à un monastère des chanoines réguliers de St Augustin. Mais il ne reste du monastère que l’arche de pierre d’un ancien portail… Du riche paysage de la vega, nous passons maintenant à celui du paramo. C’est bien une immensité désertique que traverse la "Calzada de los peregrinos". Puis, nous atteignons la Via Aquitana, une ancienne voie romaine que l’on longe sur le bas-côté. Quelques kilomètres plus loin un panneau signale "Canada Real Léonesa", un chemin de transhumance.

Le prochain village n’est plus loin. Il s’agit de Calzadilla de la Cueza (petite chaussée de l’auge), mais la Cueza est en réalité la rivière traversant la contrée. C’est un village-rue de 70 hbts structuré autour de la chaussée romaine d’abord, du Chemin de St Jacques ensuite. Les maisons sont en briques de terre séchées au soleil, recouvertes d’un crépi de torchis (boue + paille). Cela donne au village une chaude tonalité d’ocre aux nuances variées. L’église paroissiale San Martin a un très beau retable Renaissance avec de nombreux symboles jacquaires. Ce retable provient de l’ancien monastère et hôpital de Santa Maria de las Tiendas, situé à quelques kilomètres de là. On peut voir également une solide tour-clocher de briques carrée à 6 arcades, vestige d’une église plus ancienne.

A partir de Calzadilla de la Cueza, le reste de l’étape se poursuit le long d’une chaussée sécuritive, chemin parallèle qui permet d’éviter la N120. Après avoir traversé la rivière Cuesa, on suit le Chemin jusqu’au détour de Santa Maria de las Tiendas. L’ancien hôpital abandonné mais toujours debout date de 1182 et l’ordre de Santiago le conserva durant 7 siècles. C’est un vaste bâtiment plat à un étage avec une douzaine d’ouvertures à chaque niveau réparti en 2 ailes qui encadrent un pavillon central. La région de Palencia que traverse le Chemin permet d’observer une grande variété de pigeonniers (palomares) : il en est des ronds, des carrés et des octogonaux. Nous arrivons à Ledigos avant la fin de l’étape. C’est une commune de 75 hbts. Nous pourrons voir sur la hauteur l’église paroissiale St Jacques, qui à une époque récente appartenait encore au diocèse de Compostelle. Rebâtie au XVIIème siècle, elle conserve 3 représentations de St Jacques : le pèlerin, l’apôtre et le Matamaure. Nous reprenons le Chemin parallèle à la N120. Il faut à nouveau traverser la rivière Cueza puis, tout droit, nous arrivons à Terradillos de los Templarios. C’est un village d’environ 80 hbts. Son église, San Pedro, abrite un très beau Christ du XIIIème siècle.

— Départ : église San Pedro à Terradillos de los Templarios
— km7, lectio : église à San Nicolas del Real Camino
— km10, picnic : Ermita de la Virgen del Puente
— km18, ramassage : N120 à l’embranchement vers Calzada del Coto (il y a un arrêt de bus)
— km24, arrivée : Casa de Peregrino à l’entrée de Bercianos puis déplacement pour tous en car à Sahagun pour l’hébergement

Dans cette étape nous rallierons des petits villages jalonnés de beaux pigeonniers qui, à défaut de présenter des joyaux d’architecture, portent des noms émouvants témoignant de leur lien au Chemin. Il passe aujourd’hui parmi les champs de céréales bordés de peupliers.

Après avoir quitté Terradillos et parcouru 3 km, nous atteindrons Moratinos. Son église, San Tomas de Aquino, possède un clocher-porche carré massif comme un donjon et couronné d’arcades campanaires. 3 km plus loin, nous arrivons à San Nicolas del Real Camino, beau nom pour un minuscule village d’une cinquantaine d’habitants. Il appartint au XIIème siècle aux Templiers qui le cédèrent en 1183. Il abritait un hospice pour les pèlerins près de la rivière. San Nicolas est l’ultime village du Chemin appartenant à la province de Palencia et nous serons maintenant dans la province de Leon, la plus longue du Chemin (215 km).

Après avoir franchi la hauteur de l’Alto Carrasco, nous redescendrons vers le cours du rio Valderaduey au bord duquel se dresse l’ermita de la Virgen del Puente entourée de peupliers. C’est une longue chapelle avec un mur-campanile construit dans le sens de la nef au-dessus du chœur. Elle appartenait aux Augustins (XIIème siècle). La Virgen a été transférée à l’église San Lorenzo de Sahagun. Le vieux pont a été effacé par les bulldozers qui remodelaient le cours de la rivière… mais le sanctuaire revit chaque 25 avril : on y partage le pain et le fromage, on mange des escargots et on danse la tantarida.

Sahagun s’annonce de très loin tel un mirage au-dessus des champs de céréales. La ville de 2600 hbts a été bâtie sur la rive gauche du rio Cea et, dans ce site que nous traverserons, la légende situe une bataille qu’aurait gagnée Charlemagne avant de fonder Sahagun. Bien sûr, l’empereur n’est jamais venu ici, mais la légende fait de lui le libérateur de Compostelle suite à l’appel de St Jacques qui lui serait apparu en rêve. L’Archevêque Turpin conte le prodige suivant : "les lances des chrétiens plantées en terre se mirent à fleurir et, coupées au ras du sol, repartirent de la racine…" C’est peut-être l’origine des peupliers du bord du fleuve…

S’il fallait associer une couleur à la ville, ce ne pourrait être que l’ocre. Ses monuments en briques se parent le matin d’une jolie lumière dorée, qui vire au blanc à la mi-journée, puis à l’orange quand le soleil décline. Sahagun cache bien son passé glorieux. La ville connut un rapide essor au XIème siècle sous l’impulsion du roi Alphonse VI. En 1080, il place à la tête de l’abbaye existante Bernard de Sidérac, moine de Cluny. L’ordre clunisien qui fit tant pour organiser le pèlerinage et le promouvoir dans l’Europe entière, fit prospérer l’abbaye de Sahagun. La ville devint ainsi une des plus importantes cités du Chemin. La présence de moines mozarabes et de maçons musulmans a laissé dans la ville deux exemplaires très intéressants du roman mudéjar qui utilise la brique comme élément fondamental de construction :
— l’église de San Tirso (XIIème siècle) avec 3 nefs et leurs absides correspondantes où la pierre s’accorde harmonieusement avec la brique à la base de son abside centrale et sur les colonnes et les baies vitrées avec des arcs en demi-cercle de sa tour spectaculaire.
— l’église de San Lorenzo totalement en briques (XIIIème siècle). Elle possède 3 nefs et une tour rectangulaire. La chapelle de Jésus attenante abrite des bas-reliefs.
— l’ancien monastère de la Peregrina (XIIIème siècle) se dresse sur une colline au sud de la ville. Fondé par des franciscains vers 1260, il fut un hospice pour pèlerins. On y vénérait une image de la Vierge pèlerine. Le monastère des bénédictines est maintenant un musée d’art religieux. On peut découvrir également l’Arco de San Benito construit en 1662 pour remplacer la façade de l’ancienne abbatiale romane.

Nous quittons Sahagun en traversant le fleuve Cea par un pont médiéval, abandonnant les peupliers de ses berges. Il nous reste environ 4 km pour arriver à Calzada del Coto, village de 250 hbts. Nous verrons à l’arrivée l’ermitage de San Roque ainsi que l’église municipale dans la calle Real. C’est ici que débute la via Trajan (voie romaine) au nord.

Sur la variante sud, appelée "le royal chemin français", vous découvrirez avec surprise une route exclusivement préparée pour vous avec un sol de graviers, des bancs, des fontaines et même une aire de repos tous les 2 km. Cette autoroute piétonnière est plantée tous les 9,20 m d’arbres !… Nous traverserons l’arroyo del Oso (ruisseau de l’ours) qui rappelle les temps lointains où la contrée était boisée et dangereuse, pour arriver à Bercianos del Real Camino, village de 200 hbts, représentatif de l’architecture populaire locale avec ses maisons construites avec des briques d’argile. A l’entrée du village, l’ermita Nostra Señora de Perales, chapelle simple et carrée avec une porte en plein cintre. Au XIIème siècle elle fut confiée à l’hôpital de Cebreiro. L’église paroissiale San Salvador possède une statue Renaissance de St Jean Baptiste et un tableau du Calvaire du XVIème siècle. C’est une construction récente, l’ancienne église étant complètement détruite après l’effondrement de sa tour.

— Déplacement pour tous en car de Sahagun à Bercianos, puis départ depuis l’entrée du village de Bercianos
— km8, lectio : église San Pedro à Burgo Ranero
— km10, picnic : bosquet sur la gauche de la route 6615 env. 2km après Burgo Ranero
— km18, arrivée : à Reliegos (sur la LE6615 à l’entrée du village) puis déplacement pour tous en car à Burgos pour l’hébergement.

Pour la dernière étape du pèlerinage 2017, nous repartirons sur le "royal chemin français" que nous ne quitterons pas de la journée. Il faudra prévoir une bonne réserve d’eau, car celle des fontaines n’est pas toujours d’une bonne qualité. Il faudra également faire attention aux nombreux pèlerins à vélo.

Après avoir traversé le village de Bercianos, nous mettons le cap plein ouest pour nous retrouver 7 km plus loin à Burgo Ranero : village d’environ 850 hbts où la plupart des maisons sont construites en pisé. Il a la structure d’une modeste bastide ovale avec le Chemin de St Jacques pour axe principal. Son église, San Pedro, abrite un autel du XVIème siècle. A la sortie de Burgo Ranero, nous traverserons la Canada de las Merinas (la coulée des brebis) qui correspond un peu aux chemins de transhumance des Pyrénées. Dans ces parages les enclos de troupeaux alternent avec les mares et les ruisseaux de Buensolana, Valdeasnos, Tutielga… noms sentant bon le terroir comme celui du village : Burgo Ranero (bourg aux grenouilles) ou Valdeasno (val aux ânes).

Après un adieu aux grenouilles de Burgo Ranero, nous quittons le village par la calle Real et un dernier effort s’impose pour croiser les 1400 et quelques arbres qui bordent la piste en file indienne pour arriver à la fin de l’étape à Reliegos. C’est un village agricole d’env. 250 hbts. Il se rappelle encore du jour où une météorite échoua en plein Calle Real en 1947. Un deuxième événement plus récent marqua le village. Autrefois, Reliegos se voyait de loin et donnait espoir au pèlerin qui accrochait son regard sur la tour carrée de l’église de 700 ans qui dominait le plat paysage. Mais, le 11 décembre 2000, la tour fatiguée s’est affaissée devenant un vulgaire tas de cailloux. Ce fut un jour de tristesse pour les habitants du bourg.

C’est la fin du pèlerinage 2017. Encore 339 km avant d’atteindre notre but !

— RdV vers 9h à l’entrée de la Cathédrale pour une visite guidée
— vers 11h déplacement de 3km à pieds le long de la rivière Arlanzon jusqu’à la Cartuja de Miraflores
— vers 12h, visite guidée de la Cartuja de Miraflores
— vers 13h, picnic dans le parc de la Cartuja de Miraflores
— après-midi de visite libre de Burgos
— diner et hébergement à Burgos.

Mardi 31 octobre : Burgos - Marly (1024 km)

Voyage en car, départ vers 8h du matin, arrivée à Marly vers 23h.

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